Etude 3 – La demande

Etude 3 – La demande

Marc 10,46-52 et Matthieu 18,19-20

1.  Pour entrer dans le texte

A.  Il y a demande et demande !

La prière de demande est une des plus connues et des plus fréquentes dans la vie religieuse. Mais elle pose plusieurs questions, autour de l’intention de l’orant (celui qui prie), de l’objet de la demande et de l’exaucement. Parce qu’il y a demande et demande. Des demandes qui ne peuvent être exaucées et des demandes qui trouvent l’exaucement. Pour aborder cette question, nous étudierons deux textes, l’un tiré de l’évangile de Marc (10,46-52) et l’autre de l’évangile de Matthieu (18,19-20). L’un traitant de la demande individuelle, l’autre de la demande communautaire. Nous mettrons un accent particulier sur le texte de Marc, étudié ici de manière plus détaillée que celui de Matthieu.

B.  Marc 10,46-52, un texte remarquable

L’évangile de Marc est un bijou littéraire. L’auteur a mis en scène avec soin chaque élément de son récit, lui trouvant une place, en écho à un autre élément de l’évangile. Cela vaut aussi pour notre texte.

a) le dernier miracle de Jésus

Chez Marc, il s’agit du dernier miracle de Jésus avant la montée vers Jérusalem et le dénouement dramatique de la Passion. Le récit de cette rencontre résume et rend visible l’enseignement de Jésus : faire confiance, voir et suivre de manière personnelle, ou « changer de vie et faire confiance à l’heureuse annonce » (Mc 1,15). Il illustre encore le renversement des valeurs où les derniers sont les premiers.

b) Un récit aux multiples facettes

Il s’agit d’un récit aux multiples fonctions ou facettes. C’est d’abord un récit de miracle, comme on en trouve dans l’évangile, avec une introduction qui pose la situation, un obstacle dressé puis surmonté, une intervention de Jésus et une conclusion qui dit les effets du miracle. Mais c’est aussi un récit de vocation, dans lequel Jésus lui-même est interpellé et où Bartimée est appelé à le rejoindre. Au cri de Bartimée répond l’appel de Jésus, à la guérison reçue répond la suivance. Certains commentateurs y ont vu aussi un récit d’initiation baptismale, dans lequel le néophyte, encore aveugle, confesse sa foi, est appelé, se débarrasse de son vêtement (comme lors du baptême) pour rejoindre et suivre le Christ.

c) un récit inséré dans une structure

Il s’agit d’un récit inséré dans un ensemble structuré qui va de la guérison difficile d’un aveugle à Bethsaïda à la guérison de Bartimée (Mc 8,22-10,52). Dans cet ensemble où le thème du chemin occupe une place importante, Jésus annonce à trois reprises les événements de la Passion (8,31ss ; 9,30-32 ; 10,32-34). Chaque annonce est suivie de l’incompréhension grandissante des disciples, à commencer par Pierre (Mc 8,32). La guérison en deux temps de l’aveugle de Bethsaïda illustre la difficulté des disciples à accueillir la parole du Christ humilié. La guérison de Bartimée, juste avant l’entrée de Jésus à Jérusalem où le règne de David est évoqué (Mc 11,7-8), illustre la clairvoyance du disciple qui reconnaît en Jésus le fils de David. Jésus entre à Jérusalem, acclamé par les foules qui le saluent comme un roi. Quelques jours plus tard sa vie s’achèvera dramatiquement sur la croix.

d) un récit aux multiples échos

Il s’agit enfin d’un récit aux multiples échos. En voici quelques-uns à titre d’exemple. À la conquête de Jéricho par Josué (le même nom que Jésus, Jos 6) répond la traversée sans encombre de la ville par le nouveau Josué. À la proclamation de Jésus fils de David (10,47-48), répond la proclamation du règne de David (11,10). Le cri de Bartimée (Aie pitié de moi !) emprunte aux Psaumes. La réprimande sévère de la foule renvoie à la même réprimande des disciples à l’égard des enfants que l’on amène à Jésus (10,13). La demande de Jésus à Bartimée (« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » v. 51) fait écho à la demande qu’il adresse aux fils de Zébédée (10,36).

 

Consigne de lecture : Lire attentivement Marc 10,46-52 et comparer avec Marc 10,35-45. Différences et similitudes, comment les comprenez-vous ?

 

2.  Pour éclairer la lecture

A. Structure de Marc 10,46-52

46. Mise en situation, au bord du chemin

47. Le cri de Bartimée

48a. La foule se dresse en obstacle

48b. Le cri plus fort de Bartimée

49a. Jésus s’arrête et appelle

49b. La foule devient une aide

50. Bartimée bondit comme quelqu’un qui voit

51b. Jésus répond à Bartimée par une question

51a. Bartimée précise sa demande

52a. Jésus envoie Bartimée

52b. Bartimée guéri suit Jésus sur le chemin de Jérusalem

 

B. Marc 10,46-52, Lecture verset par verset

Verset 46 : « Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait… » Curieusement, le texte de Marc indique une entrée et une sortie de Jéricho, sans préciser ce qui a pu se passer dans la ville même. Peut-être est-ce de la part de l’auteur un clin d’œil à Josué 6,1 qui signale l’impossibilité pour quiconque d’entrer et de sortir de la Jéricho bientôt assiégée. Jésus, au contraire de Josué, ne provoque pas la destruction de la ville. L’expression « Ils arrivent » est identique à celle de 8,22. Tout aussi curieusement, si l’entrée à Jéricho était marquée par un pluriel, la sortie de la ville est marquée par un singulier. Ce qui intéresse le rédacteur, c’est le destin de Jésus et la montée vers Jérusalem (10,32).

Jésus sort de la ville, accompagné de ses disciples et d’une « assez grande foule ». Pour être entendu et pour s’approcher de Jésus, Bartimée devra franchir deux cercles concentriques, la foule puis les disciples.

C’est avec grand soin que Marc présente Bartimée, l’acteur principal du récit. Non seulement il est aveugle, mais il est aussi mendiant, une condition à laquelle probablement son infirmité l’a conduit. Cette mention n’est pas anodine : un mendiant est quelqu’un qui sait ce que manquer veut dire, qui sait demander, qui se sait redevable de la générosité d’autrui.

De plus, Marc nomme cet aveugle, et doublement, Bar Timée (en grec d’abord, le fils de Timée, puis en araméen Bartimée). Un nom qui n’en est pas un : il n’est que le fils de Timée, il est désigné par une filiation, comme il le dira de Jésus (Fils de David). Quel sens donner à ce nom? Bartimée porte un nom symbolique (s’il s’agit d’un composé gréco-araméen, fils de Timée pourrait être traduit par « fils de celui qui est honoré », si le nom est araméen, il pourrait signifier « fils de l’impur ») qui annonce soit le retour en dignité, soit le renversement de situation.

« Bartimée (…) était assis au bord du chemin ». Le thème du chemin est récurrent dans la partie 8,22-10,52 durant laquelle retentit l’appel à suivre ou accompagner Jésus. Bartimée ne fait pas partie du cortège, il en est exclu et ne peut que se contenter d’écouter. Ce qu’il va faire.

L’expression au bord du chemin se retrouve en Marc 4,4.15 pour parler de la semence tombée sur le chemin que le diable prend immédiatement. Le récit de Bartimée semble prendre le contre-pied de la parabole. Si la foule peut représenter le tentateur, Bartimée figure celui qui, malgré les obstacles, persévère, sachant rendre accueillante sa propre terre…

« Assis ». La position assise peut signaler une dignité, comme Jésus assis sur l’ânon (11,7) ou comme Jacques et Jean souhaitant être assis l’un à la droite et l’autre à la gauche de Jésus (10,37ss). Mais pour Bartimée, la position assise n’est pas un aboutissement, mais l’indice de sa pauvreté. C’est à partir de cette position qu’il écoute et va entrer en suivance. C’est du lieu de sa misère que Bartimée, dans la pleine conscience de son impuissance, interpelle Jésus.

Verset 47 : « Apprenant que c’était Jésus de Nazareth ». Plus précisément « Ayant écouté ». L’écoute est un thème essentiel de Marc (cf. Marc 4,12 ; 24-25 ; 8,18). À l’écoute de la rumeur, Bartimée saisit l’occasion, il ne laissera pas passer sa chance. Il écoute que c’est Jésus de Nazareth. Que sait-il de lui ? Le texte demeure muet sur les origines du savoir de Bartimée, mais par contre témoigne d’une connaissance nouvelle, jusqu’ici absente de Marc : Jésus est le Fils de David ! Une expression qui reviendra en 12,35-37 dans la bouche de Jésus et qu’il semble à la fois contester et dépasser (cf. 11,10). N’est-il pas plus que le fils de David ? Le fils du Dieu vivant ?

Comment sait-il que c’est le fils de David ? L’aveugle voit-il ce que les autres ne voient pas ? Le contraste semble fort entre les disciples qui ont des yeux mais ne voient pas (8,18) et Bartimée qui ne voyant pas voit tout de même.

« Il se mit à crier ». Plus précisément : « il commença à crier ». Ce n’est pas une simple demande, mais un cri. Un cri qui s’inscrit dans une durée (commencer, un terme cher à Marc), qui ouvre sur une persévérance.

« Fils de David, Jésus ». Est-ce déjà une confession de foi ? Est-ce seulement une supplication ? Est-ce une invocation ? Ce n’est pas la dernière vérité de Bartimée sur Jésus, mais un point de départ ! Pour le moins, celui dont il parle dépasse les apparences. Il y a ici certainement un renvoi à l’espérance messianique. Dans les temps messianiques, selon l’attente juive, un descendant de David rétablira le Royaume d’Israël dans une splendeur jusque-là inconnue, et sa venue sera marquée par des événements extraordinaires, comme la guérison des aveugles (cf. Es 35,5ss). Une guérison que l’on jugeait impossible dans l’Antiquité.

L’évangile de Marc ne contient ni récit de la nativité ni généalogie. L’origine de Jésus est mentionnée très laconiquement par Marc : « Jésus vient de Nazareth en Galilée » (Mc 1,9), sans autre indication. Bartimée, sous la plume de Marc, fait le pont entre une origine obscure qui ne destine à aucune fonction importante et le titre messianique.

« Aie pitié de moi ». C’est une demande reprise des Psaumes (par exemple, Ps 6,2 ou 9,13). La demande de Bartimée est en quelque sorte pré-formatée par la tradition de prière qui la précède et qui sera prisée dans la liturgie chrétienne, en particulier dans le cadre de l’eucharistie : « Kyrie, eleison !  Seigneur, prends pitié !». Par son cri, Bartimée reconnaît le besoin qui est le sien et la puissance de celui qu’il appelle. Et ce n’est pas à Dieu qu’il adresse sa prière, mais à Jésus !

Verset 48 : « Beaucoup le rabrouaient pour qu’il se taise ». Pour mettre en évidence la confiance et la persévérance de Bartimée (cf. la parabole des semences en Mc 4,14ss), Marc retrouve un verbe qu’il affectionne (rabrouer, réprimander, 9 x dans l’évangile, cf. 10,13), souvent utilisé en lien avec le silence demandé aux démons, voire au silence demandé aux disciples (8,30ss). Il est aussi employé au sujet de Pierre qui ne saisit pas la portée de ce qu’il vient de confesser et ne supporte pas la révélation du Fils de l’homme humilié (Mc 8,32).

Pourquoi la foule rabroue-t-elle Bartimée ? Le juge-t-elle indigne d’en appeler à Jésus, indigne de demander ? Craint-elle que Jésus soit freiné dans sa marche vers Jérusalem ? Pense-t-elle qu’une telle demande adressée à Jésus n’est pas adéquate ? Peu importe, son attitude signale une incompréhension de l’activité de Jésus pour qui, enfants, aveugles et mendiants sont dignes d’intérêt. La foule se dresse ainsi en obstacle à la prière de Bartimée. Un obstacle qu’il devra franchir s’il veut obtenir l’attention de Jésus.

« Mais lui criait de plus belle » ou « beaucoup davantage ». Au « beaucoup » qui le rabroue répond le « beaucoup plus » du cri de Bartimée. La foule ne fait pas baisser son désir et sa volonté, au contraire. Ce que l’imparfait « criait » souligne puisqu’il indique la durée de l’action. L’obstacle que la foule représente mobilise encore plus fort les forces de l’aveugle.

Verset 49 : « Jésus s’arrêta ». Le cri de Bartimée a un premier effet, décisif, celui de stopper l’avance de Jésus. L’arrêt de Jésus va réorganiser l’espace et les relations. Jusque-là, Bartimée se trouvait à l’extérieur du cortège qui accompagnait Jésus, maintenant il va l’intégrer.

« Jésus dit : Appelez-le ! » Jésus n’appelle pas lui-même, mais mandatant la foule, il fait d’elle non plus l’obstacle, mais l’adjuvent. Il ne s’agit plus de dépasser l’obstacle mais de le transformer en une aide concrète. Avant, la foule se dressait entre Bartimée et Jésus, maintenant, par la parole de Jésus, la foule est sollicitée pour faire le pont entre lui et Bartimée. Son regard sur Bartimée est changé. La dimension versatile de la foule est ainsi soulignée à l’approche de l’entrée dans Jérusalem. Jésus ne va pas vers Bartimée, mais en l’appelant, il lui permet de répondre, de conserver l’initiative, puisque c’est lui, Bartimée, qui l’a eue. C’est à Bartimée de combler l’espace que sa prière a ouvert. Autrement dit, Jésus propose à la fois un nouvel obstacle et la voie vers l’accomplissement.

« On appelle l’aveugle ». La foule ne fait pas que reprendre la parole de Jésus et elle ne se substitue pas à Jésus (« il t’appelle »), mais elle exhorte l’aveugle à prendre courage, une expression que l’on trouve dans la bouche de Jésus (6,50).

Verset 50 : « Rejetant son manteau ». Le premier geste de Bartimée est celui de rejeter son manteau. Peut-être ce manteau pouvait-il être déposé devant lui pour recevoir les aumônes ? Plus probablement le manteau l’enveloppait. Le manteau est l’habit que l’on ne peut ôter au pauvre (Ex 22,25-26), sa seule richesse (sur le manteau chez Marc, 11,7-8 ; 2,21 ; 13,16). Son rejet peut signifier l’abandon pressenti d’une posture et d’une manière de vivre. Le geste semble celui du dépouillement. Bartimée saisit que l’appel de Jésus est une invitation à renoncer à une forme de vie pour s’ouvrir à la nouvelle trouvée en lui (cf. 1,18.20 ; 10,17ss ; 10,28ss).

« Il se leva d’un bond et il vint vers Jésus ». L’expression suggère l’immédiateté de la réponse de Bartimée à l’appel que la foule lui adresse, comme aussi la profondeur du désir. Elle suggère aussi, puisque Bartimée s’élance vers Jésus, qu’il est déjà « voyant », ou du moins qu’il se comporte comme un voyant.

Le mouvement de Bartimée est le mouvement de la prière. Jésus sollicite de la part de l’aveugle une démarche qui le sort d’une position d’assisté. Après avoir été obstacle puis instrument de l’appel, la foule ne joue plus aucun rôle, laissant la place libre pour le face-à-face entre Jésus et Bartimée.

Verset 51 : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » La question n’est pas anodine puisqu’elle reprend mot pour mot la question posée aux deux fils de Zébédée (10,36). Jésus ne part pas de l’idée que la demande implicite est suffisante. Il souhaite un tête-à-tête, ne voulant pas répondre autrement que par une question tant que la relation n’est pas établie. Jésus refuse de décider de lui-même du contenu de la demande de Bartimée qui jusque-là n’a souhaité que la pitié ou la compassion. Autrement dit, Jésus ne le voit pas comme un aveugle, dont la demande serait évidente, mais comme un homme en état de besoin. Il déjoue l’attente passive d’une intervention « extérieure » pour faire de Bartimée, un auteur et acteur responsable, capable de prendre en charge sa propre parole. Jésus ne fait rien pour se grandir. Ce qui lui importe, c’est la grandeur de Bartimée. Et la suite du récit confirmera cette intention.

« Rabbouni, que je retrouve la vue ». L’expression supporte deux lectures, littérale et symbolique, tant la question de la vue est importante chez Marc. Bartimée veut des yeux pour voir, au contraire des disciples qui ont des yeux mais ne voient pas (8,18. Cf. Jr 5,21).

Bartimée appelle Jésus : Rabbouni (mon maître), une expression unique en Mc, distincte de Rabbi, employé par Pierre (9,5 ; 11,21) et Judas (14,45). Elle peut indiquer l’attente d’une proximité plus grande. Elle oriente vers l’enseignement, vers la vue autre que matérielle. On notera le passage de Fils de David à Rabbouni, de la demande de pitié à la demande claire de retrouver la vue. Une autre vue que confirmera la fin du récit par la suivance de Bartimée. On passe ainsi du récit de miracle au récit d’appel et de suivance. Bartimée est ainsi présenté comme un modèle de disciple qui reconnaît son besoin de trouver la vue et qui demande au Christ son intervention. La demande de Bartimée fait brutalement contraste avec la demande de Jacques et Jean (10,37). Bartimée, guéri, va emprunter le chemin de Jésus qui conduit à Jérusalem.

Verset 52 : « Va, ta foi t’a sauvé ». Cette expression est déjà présente en 5,34 (1,44 ; 2,11 ; 5,19 ; 7,29). Jésus ne prononce aucune parole de guérison, mais fait un constat : la foi de Bartimée l’a sauvé. Avec toute l’ambiguïté du verbe sauver qui peut viser à la fois la guérison et le salut. Jésus ne prononce  aucune parole de guérison, ni ne fait aucun geste de guérison. Sa parole est une ouverture à la liberté. La décision de suivre Jésus sera le fait de Bartimée qui saisit dans la liberté l’occasion de la suivance. Aucune parole de guérison, aucun geste, mais un renvoi à la responsabilité de ce qui (lui) est arrivé. Jésus ne s’attribue pas la guérison, même s’il en est l’auteur, mais c’est bien en plaçant sa confiance en ce Jésus-là que Bartimée trouve la guérison. Bartimée a fait confiance, et c’est cette confiance qui a guidé sa prière. Jésus reconnaît la foi de Bartimée, il la valide. Grâce au dialogue avec Jésus, Bartimée découvre le chemin de la véritable demande, et donc de la guérison. Par la suivance dans laquelle il s’engage, Bartimée manifeste que c’est bien Jésus qui est au cœur de sa foi.

La guérison n’est mentionnée qu’après, ce qui peut donner à l’expression « sauvé » une portée plus large que la seule guérison physique. Non seulement Bartimée retrouve la vue, mais il va suivre Jésus sur le chemin de Jérusalem. L’intervention de Jésus met Bartimée en route. Il quitte la position de mendiant (assis) pour marcher à la suite du Christ. Sa prière lui a ouvert les yeux et maintenant il est en route. Sa demande a abouti à une transformation profonde, une réorientation de son être.

« Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin ». « Aussitôt », un terme qu’affectionne Mc et qui suggère l’immédiateté. Ici Jésus annonce le salut et Bartimée le constate dans la foulée. La suivance, exprimée par le verbe à l’imparfait, suggère une action continue, une décision persévérante. Bartimée est le modèle du disciple, celui qui de mendiant devient une personne capable de décision, celui qui reconnaissant son besoin s’ouvre à plus grand que lui, celui qui ose la prière et y accorde ses actes, celui dont la foi est active en lui. Alors que Marc précise le climat de peur dans lequel sont ceux qui accompagnent Jésus (10,32), Bartimée, dans son empressement, ne semble pas partager le même sentiment. Et le chemin sur lequel il s’engage est celui qui conduit Jésus à la croix.

C. Mathieu 18,19-20. Une demande collective

« Je vous le déclare encore, si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Le texte de Matthieu 18,19-20 se situe dans un tout autre contexte que le texte de Marc. Il fait partie du quatrième des cinq discours de Jésus qui structurent cet évangile (voir l’étude 2). Il concerne la vie communautaire, la discipline fraternelle et ecclésiale. Matthieu, préoccupé par la vie communautaire, place, dans la bouche de Jésus, des paroles qui visent la régulation des conflits en Eglise après la résurrection. La présence de Jésus au milieu de deux ou trois est la présence du Ressuscité, qui, absent de corps, demeure présent auprès de celles et ceux qui se réclament de lui. S’il ne peut plus, comme le Jésus de Bartimée, être approché et touché, cela ne signifie pas son absence et l’impossibilité pour lui d’écouter et de répondre, voire de plaider auprès du Père.

C’est parce que le Ressuscité se trouve là où deux ou trois se réunissent en son nom — c’est-à-dire dans l’intention de vivre en conformité avec la vie et la parole de Jésus, en reconnaissant avoir accès par lui auprès du Père, en invoquant son nom — que le Père exaucera la prière.

L’objet de la prière semble bien être la mise en application du vivre ensemble en Eglise, et vise plus particulièrement le comportement à adopter quand un membre de la communauté est pris en faute et menace l’unité communautaire. Cette prière est d’autant plus sérieuse que l’action communautaire aura des répercussions non seulement ici sur la terre mais aussi dans le ciel, autrement dit au lieu où s’accomplit la volonté de Dieu (6,10).

Il importe d’observer que les versets 15-17 impliquent une procédure relativement longue, composée de plusieurs étapes, dont le but premier est le changement d’attitude du frère pris en faute. Si le frère s’entête et refuse de s’amender, alors une décision d’exclusion peut être prise. Et cette décision ne peut se prendre que dans la prière, en présence du Ressuscité. On ne peut exclure à la légère, par intérêt personnel, par rivalité, parce qu’il y a là comme une anticipation du jugement où le fautif révèle sa foi ou son incrédulité.

La parole de Jésus n’invite évidemment pas à demander tout et n’importe quoi, ce que l’expression « quoi que ce soit » pourrait laisser penser. Le terme grec (pragma) peut désigner un différend, une affaire portée en justice (1 Co 6,1). Il conviendrait alors de traduire « se mettre d’accord au sujet de toute affaire ou de tout différend pour demander… », une formulation qui évite de laisser croire que la demande peut concerner toutes sortes de chose.

Un mot important dans cette parole de Jésus est le verbe grec traduit par « se mettre d’accord » et qui a donné en français le mot « symphonie ». Il s’agit donc dans la prière de se mettre d’accord pour demander quelque chose qui soit lui aussi en accord avec la vie et l’enseignement de Jésus. L’ensemble du chapitre 18 invite à penser qu’une telle demande et procédure d’exclusion ne peut se faire que dans l’esprit de l’enseignement de Jésus : humilité (1-5), amour (6-14) et pardon (21-35) et en sa présence. La présence du Ressuscité est promise aux deux ou trois qui se réunissent dans l’intention d’accomplir l’enseignement de Jésus et pour une situation particulière, la vie de l’Eglise.

3.  Pour aller plus loin

Demander ! Mais quoi ? Et comment ? La prière de demande demeure un exercice délicat. On peut y renoncer par peur du non-exaucement. On peut y avoir recours au point de se déresponsabiliser, laissant à Dieu le soin de décider de tout. Il s’agit là de deux extrêmes entre lesquels il doit bien être possible de naviguer. Tentons d’aller plus avant dans la réflexion.

a) l’objet de la demande

Notre étude a montré que l’objet de la demande n’est pas anodin. Si la prière des fils de Zébédée ne se trouve pas exaucée (du moins immédiatement et conformément à leur attente), c’est parce qu’elle se trompe d’objet. L’échange avec Jésus les conduit tout de même à envisager une suivance dont ils ne mesurent pas encore les conséquences. La prière de Bartimée, qui ne demande d’abord que la pitié, puis, sur l’invitation de Jésus à préciser, le recouvrement de la vue, aboutit finalement sur une suivance et une transformation en conséquence. Et nous l’avons vu, la demande collective vise la conversion du pécheur et la communauté, son maintien dans l’unité et l’attachement à l’enseignement de Jésus, en présence du Ressuscité.

Ainsi, la prière de demande est liée à la recherche de la volonté de Dieu, tel que Jésus l’enseigne et la met en pratique (Mt 6,10 ; Mc 14,36). Si la prière de Bartimée débouche bien sur la guérison espérée, Marc montre que l’aboutissement véritable de sa prière est la mise en route sur le chemin de Jésus. L’exaucement dépasse l’attente exprimée et répond au désir plus profond d’une relation vivante avec le Maître.

La prière de demande, vue ainsi, questionne mes intentions, ma compréhension de Dieu et de sa volonté. Elle m’interroge sur ce qui me conduit à demander et sur ce que je suis prêt à recevoir. Là où la demande concernait une place auprès de Jésus, les demandeurs sont renvoyés aux relations au sein de la communauté, au service des autres. Là où la demande visait une guérison, le demandeur est conduit vers la relation à Jésus. Et la demande collective s’intéresse au maintien de la relation et, en cas d’échec, à oser la rupture de la relation. N’est-ce pas vers cela que nous emmène la prière de demande, vers le rétablissement des relations, tant avec Dieu qu’avec les autres ?

b) la demande, une parole qui s’origine dans une autre parole

C’est parce que Bartimée est disposé à écouter, à donner accès à la parole entendue au plus profond de lui-même, qu’il peut pousser le cri de foi (la foi vient de l’acte d’écouter, Rm 10,17). C’est faute d’avoir écouté vraiment la parole de Jésus sur le Fils de l’Homme que les deux fils de Zébédée lorgnent vers les places de prestige, éludant le passage par la souffrance et la mort. Leur demande n’est pas éclairée par l’écoute de la parole de Jésus, mais par leur compréhension d’un Christ triomphant. C’est au nom de Jésus que deux ou trois se réunissent pour prier le Père. Instruits par Jésus ils demandent ce que l’humilité, l’amour et le pardon inspirent.

La prière de demande est constitutivement liée à l’écoute de la parole de Jésus. Si l’enseignement de Jésus sur la prière ne porte pas sur une formulation précise qu’il faudrait reprendre à chaque fois, il oriente vers une demande informée par la vie de Jésus, le don de sa personne et l’esprit de service. C’est nourrie par l’enseignement de Jésus et la présence du Ressuscité que la demande trouve son objet. La demande dit en creux les convictions profondes quant à Dieu, à l’exaucement et au sens de la prière.

c) demander, c’est accueillir la limite

Celui ou celle qui prie, à l’exemple de Bartimée, sait dépendre de plus grand que lui et l’accepte. C’est ce que l’aveugle mendiant vit au quotidien — dépendre des autres pour vivre. Demander n’est pas humiliant, mais l’occasion d’en appeler à plus grand. C’est parce qu’il a conscience de son infirmité que Bartimée peut prier et demander. Il n’est pas plein de lui-même au contraire de l’homme riche qui, inconscient de son vrai manque, ne peut joindre, à sa demande de salut, la perte de ses richesses (10,17ss). Pour prier en vérité, il est nécessaire d’avoir conscience de ses limites.

Dans l’évangile de Matthieu, la demande communautaire visant la sanction du fautif ne peut être que reconnaissance humble d’une limite dans le discernement et du besoin d’être éclairé.

La prière de demande est reconnaissance d’une impossibilité, d’une faiblesse ou d’un handicap. Elle est appel à accueillir humblement la condition humaine en ses limites constitutives comme en ses fragilités face au mal, et à faire confiance en celui à qui tout est possible (10,27 ; 14,36). Pour prier en vérité, il est nécessaire, en tant que créature, de reconnaître que tout vient de Dieu, à commencer par le don de la vie ou celui de la sagesse. Celui qui prie s’attend à Dieu dont il reconnaît la bonté et la puissance.

d) demander, c’est s’engager

L’exemple de Bartimée est une invitation à la persévérance. S’il n’est pas question de multiplier les prières à l’exemple des païens (Cf. l’étude 2), la répétition de la demande marque l’engagement de celui qui demande. Un engagement que le premier obstacle venu ne saurait freiner (cf. Mc 11,22-24). Ainsi la prière est-elle un autre regard posé sur l’adversité et le refus d’accorder à celle-ci le pouvoir d’interférer dans la relation à Dieu.

La prière de Bartimée se fait aussi réponse incarnée à la parole de Jésus. Lorsque Jésus le fait appeler, Bartimée se lève d’un bond, mettant des pieds à sa prière. Toute la personne de Bartimée est engagée vers la réalisation de la demande. Ce que confirme la parole de Jésus en Mc 11,24 : « Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé ».

Mais Bartimée ne fait pas que bondir, il rejette son manteau. Si celui-ci est son seul bien, alors on peut comprendre que Bartimée se dessaisit volontairement de sa seule sécurité. Le geste de Bartimée est un geste d’abandon et de confiance par lequel, symboliquement, il renonce à une forme de vie pour s’ouvrir à une vie autre. Ainsi la prière conduit Bartimée à se déplacer lui-même en laissant ce qu’il connaît pour aller vers ce qu’il ne connaît pas. La prière nécessite l’abandon d’une certitude ou sécurité, mais aussi d’une certaine passivité. L’appel de Jésus fait de Bartimée le premier acteur de sa prière. Il ne s’agit plus pour lui de recevoir une piécette en restant assis, mais d’accueillir une parole qui le met en mouvement. Celle ou celui qui prie doit s’attendre à être appelé hors de sa zone de confort.

4.  Et pour vous ?

Lorsque je demande dans la prière, qu’est-ce que je fais concrètement ? Comment est-ce que je m’y prends et qu’est-ce que j’attends de Dieu à qui j’adresse ma demande ?

8 thoughts on “Etude 3 – La demande

  1. Voila une question à laquelle il est bien difficile de répondre … D’abord parce qu’il y a tant de situations différentes ….
    Dans quel état suis je au moment de ma prière ? Serein ? Heureux ? Triste ? Désemparé ? Affolé ? Angoissé ? En colère ?
    Celà va grandement influencer mon attente.

    Je tente de reprendre les pistes a b c et d …proposées ci dessus :

    l’objet de la prière :

    est ce pour moi que je prie ou pour un autre qui souffre ou qui est en difficulté ? si c’est pour moi que puis je offrir ? si ma prière est exaucée aurai je une prière de gratitude ?

    la parole de jésus :

    dans ma prière je pense à l’humanité de Jésus qui a souffert et prié en souffrant et à Jésus qui a guéri. Je me sens donc proche de lui en ce sens : par son humanité. Il me comprend.

    la limite :

    Demander n’est pas humiliant mais fait preuve d’humilité : Seigneur vois mes limites. Je trouve cela très important car on touche ici au coeur de la prière : faire confiance en celui à qui tout est possible. N’est ce pas la simple définition de la foi ?

    demander c’est s’engager :

    Bartimée s’engage suite à sa guérison. Mon engagement sera sans doute un affermissement de ma foi, une façon de pouvoir témoigner de la présence du Christ dans nos vies : rien que cela, s’est sortir de sa zone de confort, car qui fait aujourd’hui le lien entre les évènements qu’il vit et le Christ ? Beaucoup parlent de hasard, de chance …. N’est ce pas notre engagement que d’affirmer notre foi dans ces situations ? De consoler l’incroyant en deuil en lui parlant de la résurrection ?

    Voila mes premières réflexions sur le sujet.

    1. Bonjour cher Monsieur,

      A vous lire, je constate que l’étude 3 consacrée à la guérison de Bartimée vous a touché dans votre « être » chrétien. Voici quelques réactions qui vous permettront, j’espère, d’avancer encore.
      Que je prie pour moi ou pour les autres, c’est d’abord moi qui prie, c’est à dire que c’est moi qui me tient devant Dieu. Un « moi » complet avec ma reconnaissance ou mes inquiétudes pour moi comme pour celles et ceux qui me sont proches. Bref, le simple fait de me tenir devant Dieu dans la prière est une prière pour moi et pour les autres. Quant je me tiens devant Dieu, je m’y tiens avec tous ceux et toutes celles qui me sont liées.
      J’aime ce que vous écrivez sur l’humilité de prière de demandes comme une reconnaissance de mes limites (et donc aussi une acceptation / accueil de mon humanité). La question que je me pose cependant concerne le risque de dérive de cette humilité, à savoir la passivité. Dans ce cas, la prière court le risque de devenir « oreiller de paresse » pour ne pas faire moi-même ce que je demande à Dieu. Le tout est bien évidement une question d’équilibre, équilibre qui est toujours à rechercher.
      Un mot aussi sur l’engagement que vous mentionnez à la fin de votre réaction. A l’engagement de témoignage de foi que vous mentionnez (et qui semble vous tenir à cœur), j’aimerai aussi ajouter l’engagement pour la justice dans une militance sociétale ou caritative (c’est la dimension diaconale de la foi). Elle est parfois en perte d’attractivité dans notre monde, mais elle n’en demeure pas moins une dimension importante de l’amour du prochain. Je n’écris pas cela contre cet engagement que vous soulignez et qui demande, dans un monde très négatif à l’égard des convictions religieuses affirmées, du courage et de … l’humilité !
      Bonne suite dans votre parcours avec le Cours Biblique et au plaisir de vous lire.

  2. 1. 12. 2018
    Quand je prie, je suis toujours partagée entre la confiance, la reconnaissance et un certain doute. Je prie afin que mes angoisses, mon impuissance soient supportables.
    Par exemple pour confier à Dieu mes enfants, maintenant en plus, mes petits-enfants pour que rien de fâcheux ne leur arrive , pour qu’ils apprennent à Le connaître , pour que leur foi deviennent vivante. Mais parfois il me semble que la vie suit son cours et que ma prière sert avant tout à me rassurer. Et en même temps je sais que sans la prière de ma grand-maman je ne serais probablement pas croyante.
    Bref je suis en pleine contradiction. J’ai besoin de prier et j’ai parfois l’impression que la prière est un refuge pour continuer à tenir debout. Mais y a t’il mal à ça ?
    Et faut -il prier pour le causes perdues? Pour un malade du cancer en fin de course, faut-il demander la guérison ou un accompagnement ? Faut-il faire des prières raisonnable pour ne pas être déçu ? ou pour ne pas abuser de Dieu.
    La femme d’un de nos anciens pasteur déclarait que ça ne servait à rien de prier, Dieu sachant mieux que nous ce dont nous avons besoin et ce que nous désirons. Je ne suis pas d’accord, mais en priant je crains parfois d’utiliser Dieu à mes fins.
    L’aveugle de l’évangile lui ne doutait pas.
    L’approche de Jésus : « que veux que je fasse pour toi » me touche beaucoup. Ne pas oublier le respect envers tous ce gens à qui nous voulons du bien.
    Je fais partie d’un groupe de prière, et m’étonne d’entendre d’autres participants demander chaque fois à Dieu de les sauver. Doit-on réellement prier pour le salut, ne nous a-t-il pas déjà été promis ? Peut-être que comme moi elles ont besoin d’être rassurée, peut-être que je manque d’humilité en croyant que c’est acquis. En fait pour être honnête, je prie pour la vie d’ici bas, pour ce qui se passe sur la terre et je m’inquiète du projet de Dieu pour sa création. Mon salut ne me préoccupe pas (assez).
    Savoir ce que j’attends de Dieu ? J’ai besoin de savoir qu’il m’aime malgré mes doutes et mes limites, qu’il aime le monde qu’il a créé. Parfois les malheurs, l’inconscience de la société, le pouvoir de l’argent me paraissent si violents que j’aimerais un réponse.
    Merci de votre attention. F. Aubort.

    1. Chère Madame,

      Un GRAND merci de votre réponse à l’étude 3 du CBC. Je perçois dans vos phrases toute l’expérience de vie qui est la vôtre. Expérience qui vous soutient sans sombrer ni dans la résignation, ni dans l’auto-satisfaction, pour tout vous dire je suis traversé par un sentiment d’admiration.
      La prière de Bartimée constitue une forme de modèle de prière pour la disciple aussi aujourd’hui. C’est ainsi qu’avant d’être des mots, des expressions, des louanges, des repentances ou des demandes, la prière est un élan (un peu incompréhensible pour celui ou celle qui ne le partage pas) intérieur vers Dieu, une expression très concrète de cette confiance (réelle et pourtant vacillante) que je lui porte pour moi et le monde dans lequel je suis.
      La prière de Bartimée est aussi un modèle par le fait qu’elle me parle d’une prière qui ne rend pas le croyant passif (ni avant puisqu’il « joue des coudes » pour aller vers Jésus, ni après puisque Bartimée va désormais suivre Jésus), mais le conduit à chercher à entrer dans le projet de Dieu pour ce monde, à y prendre ma part. Mais cela sera l’objet de plusieurs études encore à venir.
      Une dernière remarque encore concernant ce que vous dites de Bartimée: « l’aveugle de l’évangile lui ne doutait pas ». Certes le texte biblique ne parle de doutes à son propos, mais attention l’absence de preuves ne constitue pas une preuve de l’absence. Autrement dit, ce n’est pas parce que le texte ne nous parle pas des doutes de l’aveugle que celui-ci n’en avait pas. D’autre histoires bibliques mettent en récit les doutes des croyants et – la plupart du temps – ces doutes ne sont pas condamnés dans les textes. Au contraire, ces mêmes textes nous présentent les doutes comme un moteur de la foi agissante des croyants. Le doute n’est pas le contraire de la foi, c’est bel et bien l’indifférence qui l’est.
      Continuer donc de prier pour vos petits-enfants et remettez les à Dieu et continuer à vous demander si cette prière est « utile ». C’est ce questionnement qui est la racine de votre persévérance dans une prière authentique et confiante. Je ne sais pas si cette prière est « utile », mais je sais qu’elle est l’expression de votre amour pour vos petits-enfants et je crois que Dieu ne laisse pas l’amour se perdre sans qu’il ne produise du fruit.
      Je vous souhaite de belles découvertes dans nos prochaines études

  3. Merci pour ce partage et ces réponses, éclairantes …
    Oui je rejoins effectivement les questionnements de Francine sur les doutes, les causes perdues, et je pense qu’avant tout prier est un acte d’Amour, amour envers celui en qui nous croyons, mais Amour aussi envers ceux que nous aimons et que nous lui confions …
    Concernant l’engagement pour la justice dans une militance sociétale ou caritative je suis tout à fait d’accord sur sa dimension importante par rapport à l’amour du prochain et j’admire profondément ceux qui oeuvrent dans ce sens. Ce sont souvent aussi des non-chrétiens du reste, qui, pour certains considèreront la prière comme « inutile » face à l’action. En fait je respecte leur position et je me dis que leurs oeuvres sont certainement une « autre » prière que Dieu reçoit comme telle. Car comme vous le soulignez, Dieu ne laisse pas l’amour se perdre sans qu’il ne produise du fruit, et ces actes de solidarité envers le prochain sont effectivement des actes d’Amour.
    Merci pour ces échanges.

    1. Merci d’avoir pris la peine de faire part de vos réactions. Comme vous l’aurez compris il ne s’agit pas d’opposer prière et militance caritative. Les deux sont des expressions d’une même foi. Et certains d’entre nous ont reçu le charisme (don) qui les oriente plus vers la prière, d’autres plus vers l’engagement sociétal. Puissiez-vous développer le votre !

  4. Cher monsieur, quand je veux prier tout d ,un coup pour quelqu’ un à qui j ai dit :Je vais prier pour toi, alors je reste debout ou je suis dans mon 2 pièces et demi et je mets les mains devant les yeux pour mieux parler à Dieu. Je crois que ma demande de guérison ou soutien est valable,qu’ elle est entendue mais oublié de dire :au nom de jesus a la fin.je répète souvent le lendemain. Question:faut-il demander et répéter chaque que nos pensées vont vers la personne qui souffre et à besoin d aide et d une solution.

    1. Chère Madame,

      Pardon pour le temps que j’ai mis à vous répondre. J’ai fait un début de bronchopneumonie courant décembre qui m’a forcé à restreindre mes activités. Mais je vais mieux maintenant et je reprends petit à petit les choses que j’avais laissé de coté.
      Le fait que vous oubliez de prononcer les mots : « au nom de Jésus » n’invalide pas votre prière, car ce qui compte d’abord c’est le mouvement qui vient de vous. Ce qui compte c’est que votre prière s’inscrive dans la dynamique que Jésus a enseignée à ses disciples. Le fait que nous ne répétions pas une prière n’enlève pas sa valeur à la prière faite. Mais si une situation particulière continue de vous préoccuper, il me parait important de persévérer dans la prière. Peut-être que la réponse divine ne sera pas celle que vous espériez, mais sur cette thématique je vous renvoie à notre étude 6 à venir.
      Bonne suite dans vos lectures

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