Signe ou miracle ?

Jean : un évangile particulier

L’évangile selon Jean use d’un vocabulaire spécifique qui le distingue des évangiles synoptiques. Dans ce vocabulaire, le mot « signe » (traduction du grec « semeia » qui a aussi donné en français le mot « sémiotique » qui est l’étude des signes et de leur signification) joue un rôle particulier. Il est utilisé par l’auteur de l’évangile pour parler des miracles de Jésus. Tout l’évangile est d’ailleurs structuré par une succession de 7 récits de miracles dont plusieurs sont spécifiques à l’évangile johannique. Ces 7 récits tracent comme une succession dramatique qui culmine avec le récit de la résurrection de Lazare (Jn 11). C’est le cas des noces de Cana (Jn 2) et cela permet à l’évangéliste de développer une compréhension très spécifique du miracle.

Le miracle n’est pas une manifestation de puissance

En effet, pour l’évangéliste, les miracles ne sont pas des manifestations de puissance (comme pour l’évangile selon Marc, cf. Mc 1,27) ; ils sont des faits objectifs qui se donnent à reconnaître comme une révélation de Dieu. Le signe sollicite la foi de celui ou celle qui voit. Le fait de passer du « voir quelque chose » à « reconnaître quelqu’un ». Un miracle n’est pas destiné à forcer une conviction par un étalage de puissance qui ne laisse pas d’autre choix. Un miracle fait signe. Pour certains, il n’est qu’un événement susceptible de beaucoup d’explications. Pour d’autres, un signe renvoie à celui qui en est l’auteur, à son autorité.

Le signe renvoie à l’identité de Jésus.

Le terme de « signe » est caractéristique de la théologie de Jean et en particulier de sa christologie. Pour celui ou celle qui les lit comme tels, les signes permettent de reconnaître qui est Jésus. Il est non seulement le Messie, celui que le judaïsme de son temps attend. De nombreux récits de miracle évoquent en effet cette attente comme la multiplication des pains (qui renvoie au don de la manne dans le désert, Ex 12) ou comme le récit de Cana qui renvoie à la surabondance du banquet messianique. Bien davantage dans l’évangile selon Jean, Jésus est le Fils du Père et les miracles sont autant de « signes » qui sollicitent la reconnaissance du croyant.

La croix est le signe suprême.

Dans l’évangile selon Jean, tous les 7 signes qui émaillent le récit renvoient à ce qui constitue la révélation suprême du Fils, à savoir ce que l’évangéliste désigne comme étant « l’Heure ». Ce terme désigne le moment de la crucifixion qui constitue le moment suprême où la foi est sollicitée pour reconnaître dans le crucifié la révélation de Dieu.

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