La Bible et la violence

Un sujet délicat

De nombreuses guerres sont désignées comme « guerres de religion ». Cela revient-il à imputer tous les casus belli à une doctrine religieuse? Les facteurs à l’origine d’une guerre sont multiples et complexes: facteurs économiques, sociaux, climatiques. Facteurs liées aux blessures vives de l’histoire, qui traverse les générations. La spirale infernale mêlant agressions et vengeances? Comme le précise Odon Vallet: « le concept de guerre de religion date du XIXe siècle agnostique car il suppose que deux doctrines adverses sont tenues pour égales. Auparavant, on avait les guerres de la vérité contre l’erreur, de la « vraie foi » contre la « religion prétendue réformée », des disciples du Prophète contre les infidèles, du peuple d’Israël contre les idolâtres, etc. » (Odon Vallet, Petit lexique des guerres de religion d’hier et d’aujourd’hui, Albin Michel, Paris, 2004, page 7).

Un problème propre à l’Ancien Testament?

L’Ancien Testament comprend de nombreux livres avec des récits guerriers.Dans de nombreux récits l’action divine apparaît sous des formes dures et cruelles: le déluge noie l’humanité pécheresse. Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils. Il supprime les premiers-né des Égyptiens avant l’exode, etc. Ces récits très durs ont heurté pendant de nombreux siècles. Ils continuent de choquer aujourd’hui. Ces textes sont cependant à resituer dans leur contexte historique. Ils remontent à une période dont les tenants et les aboutissants nous échappent largement. Ils relèvent de mentalités très différentes des nôtres.

Deux lectures recommandées

Thomas Roemer, Dieu obscur. le sexe, la violence et la cruauté dans l’Ancien Testament, Labor et Fides, Genève, 2009.

Odon Vallet, Petit lexique des guerres de religion d’hier et d’aujourd’hui, Albin Michel, Paris, 2004.

Thomas Roemer, Dieu obscur. le sexe, la violence et la cruauté dans l'Ancien Testament
Thomas Roemer, Dieu obscur. le sexe, la violence et la cruauté dans l’Ancien Testament, Labor et Fides, Genève, 2009

Un glossaire pour étudier la Bible

Alexandrie

De nombreuses villes du bassin Est-méditerranéen et du Moyen-Orient (jusqu’aux rives de l’Indus et les montagnes d’Afghanistan) portent ce nom en référence à Alexandre le Grand qui a conquis, depuis la Macédoine, cette région au 4ème siècle avant Jésus-Christ. Soit que la création de cette ville lui soit attribuée, soit que cette ville rende ainsi hommage au conquérant. Lorsqu’elle n’est pas précisée géographiquement, ce nom désigne Alexandrie d’Égypte.

Cette ville fut la capitale de l’Égypte, célèbre pour son phare (une des 7 merveilles du monde). Elle abrita aussi une importante communauté juive et fut le lieu de la rencontre entre la culture grecque et la culture juive. C’est dans cette ville qu’est traditionnellement située la traduction de l’Ancien Testament en langue grecque : la Septante.

C’est en général cette traduction qui est utilisée par les auteurs du Nouveau Testament lorsqu’ils citent l’Ancien.

Capharnaüm

Village de pêcheurs sur les rives du lac de Tibériade, dans la province de Galilée. A l’époque de Jésus, il devait comporter un peu plus de 1’000 habitants. Souvent cité dans les Évangiles, il semble être un lieu important dans l’activité de prédicateur – thaumaturge en Galilée.

Son caractère composite, les allusions fréquentes à des foules de malades les plus divers des récits bibliques ont conduit ce nom à devenir une expression française désignant le désordre ou la confusion.

Centenier

Synonyme de centurion, le mot désigne un officier romain qui commande une compagnie d’env. 100 hommes. Il s’agit souvent du chef d’une garnison romaine locale.

Collecteurs d’impôts

Parfois désigné par le terme de « publicain » dans les anciennes traductions bibliques, le collecteur d’impôts est un habitant d’un pays occupé par les romains qui reçoit de ces derniers la tâche de collecter les impôts pour l’occupant.

Du fait du système de calcul de l’impôt souvent opaque, il a la réputation d’être injuste ou corrompue. Politiquement, il est un collaborateur de l’occupant. Sur le plan religieux, ses contacts réguliers avec les païens ou avec leur monnaie comportant des effigies de divinités païennes, le classe dans la catégorie des impurs. Trois raisons (morale, politique et religieuse) qui expliquent sa mauvaise réputation dans la société palestinienne au temps de Jésus.

Concile de Jérusalem

Cette appellation désigne une assemblée tenue dans la première Église de Jérusalem et qui statue sur l’ouverture de la communauté des juifs chrétiens aux chrétiens issus du paganisme. Cette événement est rapporté dans le livre des Actes des Apôtres (Act 15,1-31).

Esaïe

Ce terme désigne soit une personne : le prophète Esaïe, soit un livre de l’Ancien Testament, celui dit du prophète Esaïe.

Le prophète Esaïe (dont le nom hébreu signifie « Yahvé sauve ») est un personnage historique qui a vécu à Jérusalem au VIIIème siècle avant notre ère (2 Rois 19). Ses interventions prophétiques prennent place dans un contexte historique de montée de la puissance assyrienne dans le Proche orient. En 701 avt J.-C. le roi assyrien Sennachérib met le siège à la capitale du royaume de Juda. Celui-ci s’avère être un échec dont rendent compte les annales assyriennes et les livres bibliques (2 Rois 19,35).

Le livre dit du prophète Esaïe est un des livres de l’Ancien Testament. Il comprend 66 chapitres. On reconnaît généralement trois parties dans ce livre. La première (chap. 1 à 39) comporte des textes remontant la plupart à l’Esaïe historique. La deuxième (chap. 40 à 55) rassemble des textes qui se rapportent à la période de la chute de Jérusalem sous les coups de butoir des babyloniens (587 avt. J.-C.). La troisième (chap. 56-66) regroupe des textes se rapportant à la situation de l’Exil à Babylone et du retour à Jérusalem au moment de la domination perse (Vème siècle avant notre ère).

Eschatologie, eschatologique

Désigne tout discours qui a trait à la fin des temps. Vient du grec « eschaton » : le dernier.

Exil

Traumatisme fondateur de l’histoire d’Israël et à l’origine de la constitution de l’Ancien testament, ce terme désigne la déportation d’une grande partie des habitants du royaume de Juda après la prise de Jérusalem par les armées babyloniennes en 587 avant notre ère (2 Rois 25, 11-21). Avec la chute de sa capitale, le peuple perd son roi, son temple et sa terre. Alors qu’il aurait été évident d’en conclure à la défaite du Dieu d’Israël, les prophètes et les prêtres opposent une autre réponse : Dieu reste maitre de l’histoire. Ce qui est arrivé n’est pas la défaite de Dieu, mais la conséquence de la désobéissance du peuple et de ses rois. C’est sur la base de cette conviction de foi que se met en place la collecte des éléments de mémoire collective qui va aboutir à la constitution de l’Ancien Testament et à la naissance du judaïsme de l’époque de Jésus.

Gabaonites

Désigne les habitants de Gabaon (ou encore Gibeon), une petite ville à quelques kilomètres au nord de Jérusalem. Dans le livre de Josué, il semble s’agir d’une population autochtone qui habite la région avant l’arrivée des israélites depuis l’Égypte.

Galilée

Ce terme désigne une région du nord d’Israël, à la frontière avec le Liban et la Syrie actuelle. Intégrée au royaume du Nord dans l’Israël antique, elle est une région frontière aux multiples influences culturelles, politiques et religieuses. A l’époque du Nouveau Testament, elle est le lieu principal de l’activité de Jésus. On y trouve Nazareth (la ville où Jésus grandit avant son baptême, Marc 1,9) et Capharnaüm (cf. plus haut).

Gloire

Le terme français traduit le grec du NT « doxa » qui lui-même traduit l’hébreu « kavod ». Étymologiquement, ce dernier terme se rattache à une racine qui signifie « lourd » ou « avoir du poids ».

Dans la Bible, « gloire » est devenu synonyme de « présence de Dieu ».

Herméneutique

Désigne tout ce qui a trait à la question de l’interprétation des textes, c’est-à-dire la question du sens des textes aujourd’hui.

Holocauste

Selon la signification hébraïque, l’holocauste est un sacrifice où l’ensemble de la bête sacrifiée est brulé sur l’autel et donc symboliquement offert totalement à Dieu. Ce type de sacrifice, plutôt exceptionnel et réservé à de grandes occasions (cf. Lv 1, s’oppose au sacrifice de communion ou de paix (Lv 3) où l’animal sacrifié est partagé en trois selon des règles précises. La première partie est brulée pour Dieu, la deuxième revient au prêtre, la troisième revient à l’offrant qui la partage avec ses proches.

Immanence

Désigne la présence de Dieu dans le monde, à l’intérieur du monde ou de l’être humain. Il s’oppose à la transcendance qui désigne le fait que Dieu est extérieur au monde.

Institution de la Cène

Récit biblique qui décrit comment Jésus a célébré la Cène en demandant à ses disciples de reproduire ce geste. (Mt 26 ; Mc 14 ; Lc 22; 1 Co 11)

Kasher

Ce qualificatif désigne les aliments qui sont permis à la consommation selon la loi juive et la Bible hébraïque. La « Kasherout » désigne l’ensemble des règles.

Logia, source Q

Désigne un des documents « source » du travail des évangélistes. Selon l’hypothèse majoritairement admise, circulait au sein des 1ères communautés chrétiennes, avant les Évangiles, une compilation des paroles de Jésus (logia = les paroles) dans lesquels les évangélistes ont puisé pour entreprendre leur propre rédaction. Pour en savoir plus.

Révélation

Désigne la manière dont Dieu se donne à connaître dans l’humanité.

Temps messianiques

Cette expression désigne une espérance eschatologique (cf. plus haut) d’un temps final de l’histoire où se manifeste le Messie pour le plus grand bien des croyants ou de l’humanité toute entière. Cette espérance est déjà présente dans les oracles de l’Ancien Testament, en particulier dans les écrits d’Esaïe. Elle se déploie, sous des formes très diverses, durant la période intertestamentaire et se retrouve dans les écrits du Nouveau Testament, en particulier dans le livre de l’Apocalypse.

Tibériade (lac)

Parfois aussi appelée « Mer de Galilée », le lac de Tibériade est situé au Nord de la Palestine dans la province de Galilée. Cette étendue d’eau joue un rôle économique (pêche, irrigation des cultures, voie de circulation pour le commerce) important dans cette région. Il apparaît régulièrement dans les récits du ministère de Jésus où il tient une place géographique centrale.

Torah

Terme hébreu qui signifie « enseignement, instruction », il désigne pour le judaïsme les 5 premiers livres de l’Ancien Testament (souvent appelés Pentateuque dans le christianisme). Par extension, il peut aussi désigner la bible hébraïque dans son ensemble.

Une revue pour étudier la Bible, depuis 30 ans

La revue Lire&Dire c’est quoi

La revue Lire&Dire a été crée en 1989. Elle souffle cette année sa 30e bougie ! Lire&dire sort 4 numéros par année, comprenant chaque fois 4 études exégétiques de textes bibliques. le but est de stimuler la prédication par une étude rigoureuse des textes bibliques.

Un sacré parcours

Lire&Dire c’est 30 ans de travail autour de la Bible. Chaque numéro est préparé par une équipe en Suisse, en France, en Belgique, … Cela fait à ce jour 122 numéros. Un total de 560 articles ! En tout, ce sont 450 auteurs qui vous offrent le fruit de leur travail. Chaque étude est le fruit d’un travail de lecture et de discernement en groupe.

Au début, une impulsion de Daniel Marguerat

Daniel Marguerat
Daniel Marguerat

Nous devons l’existence de cette revue à l’initiative de Daniel Marguerat. Professeur de la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne (Suisse), ce dernier souhaitait combler une lacune dans le monde francophone. De telles revues existent en allemand et en anglais.

De très nombreuses études bibliques facilement accessibles

Vous imaginez bien qu’à raison de 4 numéros annuels offrant 4 études chaque fois, de très nombreux textes ont été abordés. Sur le site de la revue un index très utile offre la liste des textes étudiés à ce jour. Il présente aussi les numéros à paraître.

Le bon plan

Vous avez la possibilité de télécharger une étude gratuitement. N’hésitez plus, cela en vaut la peine.

30 bougies !

La revue fête son anniversaire à Crêt-Bérard le 23 septembre 2019 avec un colloque très original, ouvert à toutes et à tous.

Défi: lire la Bible en un an

Lire la Bible en un an, pourquoi pas?

Photo : Ben White sur Unsplash
Photo : Ben White sur Unsplash

Se préparer avant de commencer

Pour lire la Bible un an, il vaut la peine de se poser d’abord quelques questions. Combien de temps je prévois de bloquer par jour? A quel moment? Une lecture le matin, une lecture le soir? Et au fond, quel est mon but? Lire le texte « au kilomètre ». Pour arriver à tout lire en un an, il faut lire environ 4 chapitres par jour. Cela risque d’être rébarbatif. Prendre du temps pour intégrer ce que je lis. Noter des questions. Consigner des réflexions personnelles? Méditer les textes que je lis. Noter mes questions pour les reprendre plus tard.

Photo : Aaron Burden sur Unsplash
Photo : Aaron Burden sur Unsplash

Un cadre favorable

Pour lire chaque jour le texte biblique prévu, il vaut la peine de se donner un rendez-vous régulier. Prévoir un cadre agréable. Disposer d’un moment de tranquillité. Le matin au réveil? Arriver 10 minutes plus tôt sur son lieu de travail? S’asseoir devant une fenêtre, confortablement, avec une boisson chaude ou fraîche. Allumer une bougie.

Photo : Ben White sur Unsplash
Photo : Ben White sur Unsplash

Des guides de lecture

On trouve sur le web de nombreux guides. Le plus simple est d’en charger un qui vous convienne sur votre téléphone. Les librairies spécialisées dans la littérature chrétienne en proposent également.

Pourquoi lire la Bible encore aujourd’hui

Un témoin du patrimoine mondial de l’humanité

La culture biblique est en perte de vitesse dans l’univers francophone européen. la cause remonte aux années 1960, marquées par l’augmentation du pouvoir d’achat et la remise en question de l’autorité et des repères traditionnels (le phénomène dit de Mai 68). Cinquante ans plus tard, avec l’irruption des nouvelles technologies de la communication, les habitudes religieuses se sont radicalement transformées. La liberté religieuse, la montée de l’individualisme et l’énorme diversification ont fait des religions traditionnelles des options parmi d’autres. Derrière la Bible, il y a mille ans d’histoire : de l’origine du peuple d’Israël et des débuts de la royauté (8e siècle avant Jésus-Christ) à l’expansion de la mission chrétienne (2e siècle après).

Les rudiments d’une culture chrétienne

Il y a un certain nombre de notions culturelles chrétiennes de base qui sont indispensables pour comprendre le monde dans lequel on vit: pourquoi le dimanche est-il un jour chômé? La signification des fêtes chrétiennes devenues essentiellement commerciales (Noël, Pâques, etc.).

Des questions profondes

Les textes bibliques n’offrent pas des réponses toutes faites sur le bien et le mal, l’origine de la souffrance, le pourquoi de la violence. Quand on prend le temps de lire attentivement les textes à l’aide d’outils, ces grandes questions prennent une autre dimension. La responsabilité personnelle est stimulée.

Prendre 5 minutes pour lire la Bible chaque jour sur le chemin du travail
Prendre 5 minutes pour lire la Bible chaque jour sur le chemin du travail

La prise en compte de la dimension dramatique de l’existence humaine

La principale conviction des chrétiens est celle de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Après Pâques, les compagnons historiques de Jésus ont vécu un retournement inattendu. Ils pensaient que tout s’était arrêté avec la mort de leur maître, supplicié sur une croix. Si ce retournement est invérifiable d’un strict point de vue historique, les effets demeurent mesurables. Ils étaient convaincus que leur maître n’était pas mort définitivement, mais était présent autrement. Cette conviction traverse les Évangiles. On en retrouve la trace dans la prédication et l’activité de missionnaire itinérant de Paul de Tarse.

Saint Paul, Mosaïque de l’Église Saint André à Ravenne
Saint Paul
Mosaïque de l’Église Saint André à Ravenne

Aujourd’hui, pour les chrétiens, demeure cette conviction que Jésus n’abandonne pas les siens dans l’épreuve, même si la vie humaine demeure placée sous l’horizon dramatique des épreuves et de l’inattendu récurrent de la souffrance.

Pourquoi étudier la Bible

On entend souvent que les religions sont à l’origine des guerres. Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que les causes sont multiples: économie, pouvoir politique, blessures de l’histoire passée. Étudier la Bible, en particulier les textes difficiles, permet de prendre du recul et de se faire une opinion plus précise. Bien sûr le religieux est aussi un facteur qui joue un rôle. Nos cours bibliques ont pour but de permettre une lecture critique des textes et de stimuler la réflexion personnelle propre, au delà de toutes idées préconçues.

Le top 3 des Bibles d’étude en français

C’est quoi une Bible d’étude ?

Une Bible d’étude, c’est une Bible comportant un nombre important d’aides pour l’étude: des notes en bas de page expliquant les notions difficiles et fournissant des informations complémentaires. Des introductions générales pour chaque livre précisant ce qu’on peut savoir à son sujet d’un point de vue historique (auteur et datation, contexte historique, ce qu’on peut savoir des destinataires). Des index et un lexique. Des cartes un plan (Jérusalem à l’époque de l’Ancien Testament, respectivement à celle du Nouveau Testament, les voyages de l’apôtre Paul à travers le bassin méditerranéen, etc.). Des tableaux chronologiques complètement le panorama historique.

Le TOP 3: Traduction œcuménique de la Bible – Bible de Jérusalem – Nouvelle Bible Segond

La Traduction œcuménique de la Bible (TOB)

Il s’agit d’une traduction nouvelle, réalisée conjointement par des spécialistes catholiques et protestants, professeurs d’Université en Suisse, en France, en Belgique, etc. Cette nouvelle traduction constitue une grande première. Jusqu’ici, on ne disposait que de versions confessionnelles (catholique, protestante, évangélique, orthodoxe, etc.) de la Bible. La TOB est une Bible d’étude largement reconnue et utilisée dans les facultés universitaires de théologie et dans la recherche académique. Sa 3e édition (2010) comprend de nombreuses mises à jour et compléments historiques, notamment sur la constitution du Pentateuque (les cinq premiers livres de l’Ancien Testament: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome)

Une première mondiale

L’édition de 2010 intègre l’apport des Orthodoxes. Elle comprend ainsi six livres tirés de la liturgie des principales Églises orthodoxes Les 3e et 4e Livres d’Esdras, les 3e et 4e Livres des Maccabées, la Prière de Manassé et le Psaume 151). Il s’agit là d’une grande première sur le plan œcuménique francophone, voire mondial.

La Bible. Notes intégrales. Traduction œcuménique, 11e édition, Cerf - Bibli'O, Paris - Villiers-le-Bel, 2010
La Bible. Notes intégrales. Traduction œcuménique, 11e édition, Cerf – Bibli’O, Paris – Villiers-le-Bel, 2010

La Bible de Jérusalem (BJ)

Cette Bible provient de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Une équipe d’exégètes catholiques a réalisé les traductions. les livres ont été traduits par des spécialistes de l’exégèse biblique. Ils ont été accompagnés par une équipe de professeurs d’université. L’École biblique a été fondée en 1890. Elle est dirigée par l’Ordre des Dominicains. Depuis 1920, celle-ci est reconnue par l’Académie des inscriptions et belles lettres comme école archéologique nationale française.

La Bible de Jérusalem
3e édition
Cerf, Paris, 1998
La Bible de Jérusalem
3e édition
Cerf, Paris, 1998.

La Nouvelle Bible Segond (NBS)

Cette Bible est éditée par l’Alliance biblique universelle. Elle doit son nom au pasteur genevois Louis Segond (1810-1885), qui a traduit l’Ancien Testament en 7 ans (1865-1871). Le Nouveau Testament a été traduit par le professeur Hugues Oltramare, de l’Université de Genève. Elle a connu de nombreuses révisions (version dite « à la Colombe », Nouvelle édition de Genève, etc.).

Deux nouveautés pour le 21e siècle

En 2002 sort une nouvelle version, destinée à l’étude, dite Nouvelle Bible Segond. Celle-ci est destinée à fournir une alternative à la TOB. La version « Segond 21 » est publiée en 2007, utilisant un vocabulaire contemporain. L’édition d’étude est un outil remarquable pour étudier la Bible. De nombreux tableaux, cartes et plan sont insérés dans les livres bibliques.

La Nouvelle Bible Segond. Édition d'étude, Alliance biblique universelle, Société biblique française, Villers-le-Bel, 2012
La Nouvelle Bible Segond. Édition d’étude, Alliance biblique universelle, Société biblique française,
Villers-le-Bel, 2012

Où les trouver

Dans les bonnes librairies ou achat en ligne. Nous vous encourageons à les acheter, dans la mesure du possible, de favoriser les librairies spécialisées dans la littérature chrétienne.

La TOB

Conclusion

Ces Bibles d’études sont des outils indispensables pour nos nos cours bibliques.

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Des outils pour étudier la Bible chaque jour

Il existe des outils très accessibles pour étudier la Bible jour après jour. En français, nous disposons du Nouveau Testament Commenté. Ce volume assez compact contient un commentaire complet de chaque livre du Nouveau Testament. De plus, ce manuel d’études bibliques existe aussi en édition de poche.

Un outil pour chaque jour

Le commentaires se décline par sections assez brève. cela facilite l’étude quotidienne. Chaque jour, une section peut être lue. Celle-ci comprend le texte biblique (tiré de la Traduction œcuménique de la Bible) Ainsi vous pouvez étudier l’Évangile de Jean en 10 jours (soit deux chapitres par jour) ou en 20 jours (soit un chapitre par jour) ou la Lettre à Philémon, qui ne comprend qu’un chapitre en un seul jour.

Une documentation sérieuse

Chaque livre est commenté par un/e spécialiste reconnu, issu du monde universitaire. Une introduction présente ainsi ce qu’on sait du contexte historique et de l’auteur du texte biblique étudié. Des références bibliographiques offrent des pistes pour en savoir plus. Des cartes et un glossaire agrémentent le tout.

Le Nouveau Testament commenté
sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat
Bayard, Paris, 2014.

Un événement dans le monde de l’édition biblique en français

C’est la première fois que nous disposons d’un tel outil pour étudier la Bible en langue française. De tels manuels existent déjà en anglais ou en français. Il convient aussi de saluer le caractère œcuménique de cette belle réalisation. Des exégètes catholiques et protestants ont travaillé ensemble à son édition. Ils proviennent de Suisse, de Belgique, d’Italie, de France et du Québec. Le projet a été dirigé conjointement par Daniel Marguerat (Université de Lausanne, Suisse) et Camille Focant (Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique). Le Nouveau Testament commenté est sorti en 2012, aux Éditions Bayard. Rapidement épuisé, il a été réédité depuis. Il existe aussi en édition de poche.

Pour étudier l’Ancien Testament chaque jour

Un tel outil existe-t-il pour étudier les livres de l’Ancien Testament? Cela n’est pas encore le cas. Mais une collection, visant le même objectif est en cours de publication.

Trois volumes sont sortis à ce jour, respectivement sur la Genèse, l’Exode et le Livre de Job.

Albert de Pury, Thomas Römer, Konrad Schmid
La Genèse, Bayard, Paris, 2016.
Albert de Pury, Thomas Römer, Konrad Schmid
La Genèse, Bayard, Paris, 2016.
Thomas Römer, l'Exode
Bayard, Paris. 2017
Thomas Römer, l’Exode
Bayard, Paris. 2017
Thomas Krüger, Job
Bayard, Paris, 2018
Thomas Krüger, Job
Bayard, Paris, 2018

Conclusion

Nous recommandons vivement l’utilisation de ces livres aux participants/tes de notre cours biblique par correspondance.

La bible c’est un monde

Une interview de Didier Halter, responsable d’ Etudier la Bible

Didier Halter responsable étudier la bible

Depuis combien de temps êtes vous responsable d’Etudier la Bible ? Cela fait maintenant 3 ans que je suis le responsable de cette offre de l’OPF; même si je suivais, de plus loin, ce travail depuis 2004.

Pourquoi avez-vous acceptez cette responsabilité ? parce que la Bible me passionne depuis que j’ai l’age de 12 ans. Je l’ai toujours lue depuis. A travers la confection de « Etudier la Bible », je nourris ma passion. J’espère surtout pouvoir la faire partager à d’autres.

Êtes vous seul à faire ce travail ? Bien sûr que non, en fait j’anime une équipe de passionnés. Des hommes et des femmes pasteurs qui portent avec moi le souhait de mettre à la disposition d’un public francophone des études de qualité.

Qu’appelez vous des études de qualité ? La qualité des études que nous publions tient au fait qu’elles combinent un accès aux savoirs scientifiques les plus pointus et les plus solides au souci de l’actualité des textes pour aujourd’hui. La science au service du sens en quelque sorte!

Comment vous êtes vous formé pour ce travail ? J’ai étudié la théologie protestante à Strasbourg (master) et Genève (doctorat). J’ai également un diplôme en sciences de l’éducation – formation d’adulte. Mais surtout j’ai animé des groupes d’études bibliques pendant plus de 17 ans

Mais c’est quoi la Bible pour vous ? C’est avant tout un monde qui est à la foi étrange et familier. Étrange parce ce qu’elle est le reflet d’une culture qui n’est plus la nôtre. Familier parce toutes ces histoires nous parlent de nous.

Etude introductive – Jésus, une prière décalée : une introduction

La prière est un geste religieux fondamental : elle est une des expressions privilégiées de la relation de l’être humain à Dieu. Le Nouveau Testament fait largement état de la pratique de la prière, notamment dans les premières communautés chrétiennes. Dans le cadre de cette étude, nous nous concentrerons sur la personne dont elles se réclament : Jésus de Nazareth. Nous explorerons tout d’abord le monde dans lequel vivait Jésus : le judaïsme palestinien. Comment les croyants priaient-ils au premier siècle en Palestine ?  Nous nous tournerons ensuite vers la figure de Jésus : comment s’inscrit-il dans la tradition de son peuple et en quoi a-t-il innové ? Enfin, nous parcourrons un choix de textes dans lesquels apparaît l’enseignement de Jésus sur la prière. [hidepost=0]

1. La prière dans le judaïsme palestinien

 A. La pratique de la prière

Jésus appartient au monde juif palestinien. C’est dans ce monde qu’il a appris à prier et sa pratique de la prière est conforme aux usages de l’époque. Pour le croyant d’alors, la prière était associée à trois lieux distincts. Elle pouvait se dérouler au Temple de Jérusalem lors des pèlerinages annuels, notamment lors de la Pâque. Mais il s’agit là d’une forme exceptionnelle de la prière d’autant plus qu’elle était prise en charge par le seul prêtre qui officiait. La prière quotidienne, elle, avait lieu soit à la synagogue, soit dans l’espace privé. Elle pouvait être individuelle ou communautaire. Les positions adoptées pour prier étaient diverses : debout (Marc 11,25), à genoux (Luc 22,41), prosterné à terre (Marc 14,35), les mains levées (1 Timothée 2,8). Pour prier, le Juif pieux couvrait sa tête d’un châle de prière. Pour la prière du matin, il s’attachait un phylactère (= petite boîte cubique enfermant des bandes de parchemin sur lesquelles sont inscrits des versets de la Torah) au bras gauche (lié au cœur) et sur le front (lié à l’esprit). Le croyant était invité à prier trois fois par jour, le matin, à midi et le soir. Parfois, il devait interrompre ses activités lorsque survenait l’heure de la prière et l’effectuer dans l’espace public (par exemple à un carrefour, voir Matthieu 6,5).

A l’époque de Jésus, la prière n’était pas le privilège du clergé. Elle était la responsabilité de tous – que ce soit sous la forme de la prière spontanée, pratiquée individuellement ou en groupes, ou sous la forme de la prière liturgique. La prière spontanée reprenait les grands thèmes de la foi commune : la création, l’élection des Pères, l’alliance, le don de la Torah, les commandements, la rédemption, les temps messianiques, le monde à venir et la résurrection, la conversion et la miséricorde divine, etc… Elle les reformulait pour mieux les intérioriser. Pour les sages de l’époque, la liberté était une caractéristique importante de la prière. Répéter une prière codifiée sans y introduire une note personnelle (p.ex. la conclusion de la prière) était une marque d’inauthenticité. La relation à Dieu devait être vivante et chacun avait à apporter sa touche personnelle à la prière commune.

Deux règles présidaient à la formulation de la prière. D’une part, sa forme dominante était la bénédiction, car le premier mouvement de celui qui priait, devait être de se tourner vers Dieu pour reconnaitre en lui la source unique de tous biens. Ensuite seulement, l’orant pouvait formuler une demande. D’autre part, même lorsqu’il s’agissait d’une prière individuelle, le croyant devait s’exprimer de préférence à la première personne du pluriel pour marquer qu’il appartenait à une communauté.

Bien évidemment, très peu de prières spontanées et individuelles ont été conservées. En revanche, parmi les prières liturgiques codifiées, il en est deux qui méritent attention : la prière lors du repas et la prière des dix-huit bénédictions.

B. La prière lors du repas

L’invitation à la prière lors du repas se réfère à Deutéronome 8,10 : « Tu mangeras à satiété et tu béniras le Seigneur ton Dieu pour le bon pays qu’il t’aura donné ». Le repas s’ouvrait par une formule de bénédiction : « Bénissons notre Dieu de la bonté duquel nous avons reçu ». Le repas proprement dit était encadré par deux prières. Avant le repas deux courtes bénédictions étaient prononcées sur le pain et sur le vin : « Béni es-tu Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui fait sortir le pain de la terre/ Bénis es-tu, Seigneur, notre Dieu, roi du monde, qui crée le fruit de la vigne ». Après le repas, on disait : « Béni es-tu Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nourrit le monde entier par sa bonté. Gratuitement, par amour et miséricorde, il donne le pain à toute chair, car éternel est son amour. Par sa grande bonté, la nourriture ne nous a jamais manqué, elle ne nous manquera jamais à cause de son grand Nom, car il est le Dieu qui nourrit et qui pourvoit aux besoins de tous, qui est bon envers tous et qui procure la nourriture envers ses créatures. Béni es-tu, Seigneur, qui nourrit tous les êtres. »

Comme le montre le miracle du pain abondant (voir Jean 6,11) ou le dernier repas (Marc 14,22-25), Jésus a régulièrement pratiqué cette prière associée au repas. Elle joue même un rôle structurant dans le rituel de la Cène (cf. Marc 14,22-25 ; Matthieu 26,30-35 ; Luc 22,15-20 ; 1 Corinthiens 11,23-26).

C. La prière des dix-huit bénédictions

La prière des dix-huit bénédictions est jusqu’à aujourd’hui la prière centrale de la foi juive. Elle est l’équivalent de ce qu’est le Notre Père pour les chrétiens. Elle est récitée trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, aussi bien par les hommes (libres ou esclaves) que par les femmes et les enfants. Elle condense l’identité juive.

Nous en citons quelques extraits (le texte entier est cité en annexe). Nous avons choisi les bénédictions qui ont un parallèle dans le Notre Père.

L’invocation : « Béni es-tu, Seigneur, notre Dieu et Dieu de nos Pères, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu grand fort et redoutable, Dieu très haut, auteur du ciel et de la terre, notre bouclier et le bouclier de nos Pères, notre confiance en toute génération. Béni es-tu Seigneur, le bouclier d’Abraham » (1ère bénédiction). Mise en parallèle, l’invocation du Notre Père (« Notre Père qui es au cieux ») frappe par sa concision et sa simplicité.

« Saint es-tu et redoutable ton nom ; il n’y pas de Dieu en dehors de toi. Béni es-tu, Seigneur le Dieu saint ! » (3e bénédiction). A comparer avec la première demande en « Tu » du Notre Père : « Que ton nom soit sanctifié ».

« Rétablis nos juges, comme aux temps anciens et nos conseillers comme à l’origine. Et règne sur nous, Toi seul. Béni es-tu, Seigneur, Roi, qui aimes la justice et le droit » (11e bénédiction). A comparer avec la deuxième demande en « Tu » du Notre Père : « Que ton Règne vienne ».

« Bénis pour nous, Seigneur, notre Dieu, cette année et toutes ces récoltes, pour le bien. Bénis es-tu Seigneur qui bénis les années » (9e bénédiction). A comparer avec la première demande en « nous » du Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

« Pardonne-nous notre Père, car nous avons péché contre toi, efface et enlève nos iniquités de devant tes yeux, car nombreuses sont tes miséricordes. Béni es-tu Seigneur qui abondamment pardonnes » (6e bénédiction). A comparer avec la deuxième demande en « nous » du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé ».

« Vois notre misère et mène notre combat. Et délivre-nous sans tarder à cause de ton nom. Béni es-tu Seigneur, Libérateur d’Israël » (7e bénédiction). A comparer avec la troisième demande en « nous » du Notre Père : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal ».

2. Jésus prie

A la lecture des évangiles, on constate que Jésus était à la fois fortement intégré dans le judaïsme de son temps et pourtant déjà porteur d’un projet nouveau. Sa forte intégration se manifeste par sa fréquentation du Temple lors des pèlerinages annuels, notamment à l’occasion de la Pâque. Elle apparaît ensuite dans sa fréquentation du culte synagogal à l’égard duquel il ne formule aucune critique, que ce soit concernant la liturgie, la lecture de l’Ecriture ou son commentaire. Il adopte également la gestuelle classique de la prière (se prosterner, lever les bras, etc..) et le langage issu de la Bible. Il pratique de façon régulière la prière au cours du repas. D’ailleurs, alors même qu’il est un enseignant réputé, il paraît avoir peu prié de manière libre avec ses disciples et avoir plutôt recouru aux prières liturgiques traditionnelles.

Sa singularité transparaît dans le fait qu’il se retirait fréquemment dans un lieu caché pour prier personnellement (cf. Mt 14,23 : Luc 5,16, 9,18, etc…). A lire les évangiles, on découvre que lors de la Passion, il fit un large usage des Psaumes (Mathieu 26,30 ; 27,46 ; Luc 23,46 ; cf. Jean 19,28). Selon Marc (15,34), sa dernière parole en croix est d’ailleurs est une citation du Psaume 22. S’il emprunte le langage de la piété juive pour formuler sa prière, il ne se prive pas en revanche de dénoncer les pratiques qui détournent ou trahissent le sens authentique de l’adoration, de la louange ou de la bénédiction.

Son innovation la plus marquante reste l’introduction du Notre Père. Cette prière qu’il apprend à ses disciples, formule de manière brève et simple l’essentiel de son message et a une fonction identitaire. Signe de son importance, dans le cercle des disciples, elle se substitue à la prière des dix-huit bénédictions et devient la prière unissant la nouvelle communauté des disciples de Jésus.

3. Parcours de textes

Les évangiles contiennent un certain nombre de textes montrant comment Jésus concevait la prière. Ces passages s’adressent en premier lieu aux disciples pour les enseigner sur les différentes dimensions de la prière – qu’elle soit individuelle ou communautaire. Dans le cadre de ce cours, nous avons choisi sept thèmes et à chaque fois nous proposons un, parfois deux textes qui permettent d’éclairer un aspect de la prière.

« Comment prier ? », tel est le premier thème abordé par notre étude. Deux textes sont ici d’un grand secours. Le premier se trouve dans le Sermon sur la Montagne (Matthieu 6,5-8) et sert d’introduction au Notre Père, la prière par excellence que Jésus a enseignée à ses disciples. Dans ce passage qui oppose la prière faite au vu de tous et la prière prononcée dans le secret, Jésus aborde le problème du véritable destinataire de la prière : est-ce vraiment Dieu ou une façon de conquérir l’estime de ceux qui nous entourent ? Avec qui le croyant cherche-t-il à établir une relation quand il prie ? Par qui veut-il être reconnu ? A cette première réflexion s’en ajoute une seconde, celle du langage approprié pour prier : éviter un langage qui multiplierait les noms donnés à Dieu pour mieux avoir prise sur lui et se souvenir que le Dieu invoqué est un Dieu proche qui connaît les besoins de chacun.

Toujours dans la réflexion sur la façon de prier, la parabole du pharisien et du collecteur d’impôts (Luc 18,9-14) éclaire la position de l’être humain lorsqu’il s’adresse à Dieu. A-t-il, à la différence des autres êtres humains, quelque chose dont il pourrait se prévaloir devant Dieu pour mériter sa faveur ? Ou doit-il tout attendre de Dieu ? A qui Dieu accorde-t-il sa reconnaissance ?

Le deuxième thème est celui de la demande. Dès l’instant où le croyant se découvre démuni devant Dieu et attend tout de Lui, la prière qu’il adresse ne peut être qu’une prière de demande. Il sait en effet que la vie se trouve dans les mains de Dieu et qu’elle ne peut être reçue que comme un don. Les récits de guérison sont la parfaite illustration de cette thématique. C’est en s’adressant à Jésus que le malade pourra retrouver sa pleine identité de créature. La guérison de Bartimée (Marc 10,46-52) nous permet d’explorer ce thème de la demande et, particulier, de découvrir le lien entre guérison physique et guérison spirituelle.

Mais, pour les évangiles, la prière de demande n’est pas qu’individuelle, elle est également communautaire. Le fameux texte de Matthieu 18,19-20 promet la présence de Dieu aux deux ou trois qui se réunissent pour s’adresser à Lui.

Le troisième thème, absolument incontournable dans toute réflexion sur la prière, est celui de l’exaucement. Dans la partie finale du Sermon sur la Montagne, Jésus exprime son absolue certitude de l’exaucement (Matthieu 7,7-11). Il rappelle opportunément que cette certitude n’est pas liée à la qualité de celui ou de celle qui prie, mais qu’elle dépend totalement de ce Dieu à qui est adressé la prière car il est un Dieu à la bonté illimitée.

Pourtant, l’exaucement peut se faire attendre. C’est ce que raconte la parabole du juge qui se fait prier longtemps (Luc 18,1-8). Tout croyant peut être confronté à l’inaction apparente de Dieu. Il est alors invité à se poser la question : comment Dieu exauce-t-il ? Dans quelle relation est-il avec ce Dieu dont il attend tant ?

Le quatrième thème sur lequel nous souhaitons attirer l’attention est celui de la prière dévoyée. Le récit des tentations (Matthieu 4,1-11) auxquelles Jésus est soumis et auxquelles il résiste, dénonce l’instrumentalisation possible de la prière à des fins personnelles. La prière ne saurait être un moyen de mettre Dieu au service du croyant pour, par exemple, lui assurer la richesse, ou le préserver de tous les dangers et en particulier de la mort, ou encore le doter d’un pouvoir absolu sur les autres. Lorsque la prière se fait moyen de pression sur Dieu pour l’assujettir à des intérêts personnels, elle est devenue folle. La prière de demande qui a été évoquée plus haut subit ici un recadrage drastique.

Le cinquième thème qui interpelle le croyant est celui de la prière face à l’épreuve. La fameuse scène de Gethsémané (Matthieu 26,36-46) illustre de façon impressionnante comment Jésus lui-même vit cette situation. L’épreuve qu’il affronte ici est l’épreuve ultime, celle de sa mort imminente. Dans cette situation extrême, trois aspects de la prière de Jésus sont déterminants. Tout d’abord, même dans ce sombre contexte, il ne déplore pas l’absence d’un Dieu lointain, mais, au contraire, il est certain de sa proximité bienveillante. Ensuite, il n’hésite pas à formuler la demande la plus naturelle et la plus évidente qui soit – être épargné. Enfin, il assortit sa demande d’une restriction qu’il emprunte à la prière qu’il a enseignée à ses disciples (« Que ta volonté soit faite »). Le lecteur de l’évangile est impressionné : Jésus ne fait pas qu’enseigner ses disciples à propos de la prière, il vit et assume dans sa vie ce qu’il enseigne. La prière de Gethsémané peut être considérée comme la prière-modèle pour les disciples de Jésus.

Cette prière-modèle – c’est le sixième thème – revêt une expression concrète dans le Notre Père (Matthieu 6, 9-13). Le Notre Père est la prière qui exprime l’identité des disciples de Jésus. C’est une prière de demandes. Après avoir invoqué Dieu comme le Dieu proche et aimant, l’oraison dominicale formule trois premières demandes. Ces dernières ne concernent pas d’abord l’orant, mais Dieu. Que Dieu soit Dieu dans sa plénitude au sein du monde et des hommes, tel est le refrain de la première partie de la prière. Quand Dieu a pris la place qui lui est due, quand il est reconnu pour ce qu’il est, alors la deuxième partie de la prière peut prendre place et elle concerne – cette fois-ci – ce dont le croyant a besoin pour vivre, ce qui est le plus nécessaire à sa vie : le pain de ce jour, le pardon et la préservation du mal. Nous sommes dans le registre de la sobriété heureuse, bien loin des tentations proposées à Jésus.

Le septième et dernier thème, intitulé « prier après Pâques » (Jean 14,12-14) aborde une question fondamentale pour la prière chrétienne. Dans les textes que nous avons évoqués jusqu’ici, l’enseignement sur la prière se faisait dans un face-à-face entre Jésus et ses premiers disciples et la prière proposée était une prière adressée à Dieu. Mais qu’en est-il lorsque Jésus quitte les siens à la croix pour retourner auprès du Père ? Que devient la prière ? La conversation entre Jésus et ses disciples se poursuit sous la forme de la prière qui devient une prière « au nom de Jésus ». Le Ressuscité devient l’avocat des siens auprès de Père. La générosité et l’amour du Père trouvent une nouvelle expression.

Cette certitude est renforcée dans la première épître de Jean (1 Jean 5,14-17). Une double précision est donnée. D’une part, le croyant peut tout demander à Dieu, mais « quelque chose selon sa volonté » – la demande n’est pas sauvage, mais s’inscrit dans une fidélité. D’autre part, la prière est une prière orientée vers le prochain et qui veut le bien de ce prochain. Le lien entre éthique et prière prend forme.

4.Conclusion

La prière de Jésus témoigne, d’une part, d’une entière intégration dans le judaïsme de son temps, d’autre part, d’un décalage par rapport à la foi commune. Cette tension s’explique. Elle résulte du cœur de son enseignement.

Tout d’abord, et fondamentalement, la prière de Jésus est habitée par une perception nouvelle de la réalité divine : « Le temps est accompli et le Règne de Dieu s’est approché » (Marc 1,15). Dieu n’est pas enfermés dans les rites, dans les institutions, ni même dans l’Ecriture. Il n’est pas le Dieu de Jean-Baptiste, un Dieu de colère qui vient pour séparer l’ivraie du bon grain. Le Dieu de Jésus est un Dieu proche, plus précisément un Dieu qui s’approche de l’être humain pour lui offrir la vie en plénitude. C’est un Dieu auquel le croyant peut s’adresser en le nommant « Père » (abba). C’est un Dieu qui donne, qui pardonne, qui transforme. C’est le Dieu de l’Évangile.

La relation avec ce Dieu bienveillant et compatissant prend forme dans la prière. La prière est donc la relation qui se noue entre Dieu et celui qui s’adresse à Lui. La marque de cette relation est la confiance et non la peur, la pleine liberté de porter devant Lui la vie de l’orant(e) dans toutes ses dimensions. Ces dernières peuvent aller des questions à l’incompréhension, de la gratitude à la protestation, du découragement à l’espoir. La prière consiste fondamentalement à déposer sa vie devant ce Dieu proche.

La prière du disciple de Jésus est fondamentalement une prière de demande. Cette posture signifie que l’orant(e) attend tout de Dieu, qu’il reçoit jour après sa vie comme un don divin. La demande pourtant ne doit pas se transformer en une demande dévoyée. L’orant(e) ne saurait transformer la prière en un moyen qui lui permettrait d’échapper à sa condition humaine, à sa finitude ou même à la mort ; elle n’est pas davantage une stratégie qui permettrait d’acquérir la toute-puissance, la richesse et le succès pour soi-même. La demande est une demande qui doit s’accorder à la volonté de Dieu, se fondre en elle.

La prière conçue comme relation vivante de l’orant(e) avec le Dieu proche et bienveillant s’accompagne d’une critique de certaines formes de prières. Ainsi la prière doit avoir pour destinataire Dieu et Dieu seul, et ne pas être une façon détournée de gagner l’estime de ses pairs. En d’autres termes, elle ne doit pas devenir un outil de reconnaissance sociale. Par ailleurs, la prière ne doit pas viser, par la multiplication des noms divins ou des supplications, à vouloir mettre la main sur Dieu et à s’emparer de Lui. Même en faisant preuve de la plus grande piété, la prière ne doit pas être instrumentalisée à des fins personnelles, pas plus qu’elle ne doit tenter d’instrumentaliser Dieu.

Enfin, pour bien montrer ce qu’il entend par la prière, Jésus se détache de la tradition liturgique de la synagogue et de sa prière centrale, celle des « dix-huit bénédictions ». Il enseigne à ses disciples comment prier, en leur proposant le « Notre Père ». A travers cette prière qui formule l’identité du disciple, à travers cette prière marquée du sceau de la simplicité, Jésus apprend à ses disciples à demander à Dieu d’être leur Dieu en plénitude et à formuler ce qui est le plus nécessaire pour leur vie. Ici commence une nouvelle tradition spirituelle, enracinée dans le judaïsme et pourtant distincte de lui.

 

Bibliographie

BIRMELÉ André, « Prière », dans : GISEL Pierre (éd.), Encyclopédie du Protestantisme, Paris/Genève, Cerf/Labor et Fides, 1995, pp.1208-1209.

BONSIRVEN Joseph, Textes rabbiniques des deux premiers siècles chrétiens, Rome, Pontifico Instituto Biblico,1955, pp. 2-3.

COUSIN Hugues (éd.), Le monde où vivait Jésus, Paris, Le Cerf, 1998.

MAILLOT Alphonse, « Prière », dans : VON ALLMEN Jean-Jacques (éd.), Vocabulaire de théologie biblique, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1964, col. 232-236.

MARGUERAT Daniel, Et la prière sauvera le monde, Bière, Cabédita, 2016.

SENFT Christophe, Le courage de prier. La prière dans le Nouveau Testament, Aubonne, Editions du Moulin, 1983.

 

Annexes

  1. Prière des Dix-huit Bénédictions

Nous proposons ci-dessous le texte palestinien de la prière ; il est le plus court et le plus ancien. La numérotation renvoie aux dix-huit bénédictions.

Seigneur, ouvre nos lèvres et ma bouche annoncera ta louange.

  1. Béni es-tu, Seigneur (notre Dieu et le Dieu de nos pères), Dieu d’Abraham et Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob (le Dieu grand, fort et terrible), Dieu très haut, auteur du ciel et de la terre, notre bouclier et le bouclier de nos pères, notre confiance en toute génération. Béni sois-tu Seigneur, le bouclier d’Abraham !
  2. Toi, tu es fort, abaissant ceux qui s’élèvent, puissant et jugeant les violents, vivant pendant des siècles, ressuscitant les morts, ramenant le vent et faisant descendre la rosée, entretenant les vivants, vivifiant les morts, en un clin d’œil tu feras germer pour nous le salut. Béni sois-tu, Seigneur, vivifiant les morts !
  3. Saint es-tu et redoutable ton nom ; et il n’y a pas de Dieu en dehors de toi. Béni sois-tu, Seigneur, le Dieu saint !
  4. Fais-nous la grâce de la science (qui vient) de par toi, et de l’intelligence et pénétration (qui vient) de par ta Tora. Béni sois-tu, Seigneur, qui fait la grâce de la science !
  5. Convertis-nous à toi, Seigneur, et nous nous convertirons ; renouvelle nos jours comme autrefois. Béni sois-tu, qui agrée la conversion !
  6. Pardonne-nous notre Père, car nous avons péché contre toi, efface et enlève nos iniquités de devant tes yeux, car nombreuses sont tes miséricordes. Béni sois-tu, Seigneur, qui abondamment pardonnes !
  7. Vois notre détresse et combats notre combat, et rachète-nous à cause de ton nom. Béni sois-tu, Seigneur, le rédempteur d’Israël !
  8. Guéris-nous, Seigneur, de la douleur de nos cœurs, et du chagrin et du soupir ; éloigne-les de nous et apporte la guérison à nos blessures. Béni sois-tu, Seigneur, qui guéris les malades de ton peuple Israël !
  9. Bénis en notre faveur, Seigneur, notre Dieu, cette année pour qu’elle soit bonne en toutes les espèces de sa récolte, et fais approcher promptement le terme de notre rédemption ; et donne rosée et pluie sur la face de la terre et rassasie le siècle des trésors de ta bonté et donne bénédiction à l’œuvre de tes mains. Béni sois-tu, Seigneur, qui bénis les années !
  10. Sonne la grande trompette pour notre liberté et lève l’étendard pour rassembler nos dispersions. Béni sois-tu, Seigneur, qui rassembles ses exilés de ton peule Israël !
  11. Restaure nos juges comme à l’origine, et nos conseillers comme jadis et règne sur nous, toi, toi seul. Béni sois-tu, Seigneur, qui aimes le jugement !
  12. Que pour les apostats il n’y ait pas d’espérance, et le royaume d’orgueil, promptement déracine-le en nos jours ; et les nazaréens et hérétiques, qu’en un instant, ils périssent, qu’ils soient effacés du livre des vivants et qu’avec les justes ils ne soient pas écrits. Béni sois-tu, Seigneur, qui ploies les orgueilleux !
  13. Que sur les prosélytes de la justice s’amoncellent tes miséricordes, et donne-nous un salaire bon avec ceux qui font ton bon plaisir. Béni sois-tu, Seigneur, confiance pour les justes !
  14. Fais miséricorde, Seigneur, notre Dieu, en tes miséricordes nombreuses, à Israël, ton peuple, à Jérusalem, ta cité, à Sion, l’habitacle de ta gloire, et à ton temple, à ta demeure, et au règne de la maison de David, Messie de ta justice. Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de David, qui bâtis Jérusalem !
  15. Ecoute, Seigneur, notre Dieu, la voix de notre prière et fais-nous miséricorde, car tu es Dieu qui fais grâce et miséricorde. Béni sois-tu, Seigneur, qui écoutes la prière !
  16. Sois favorable, Seigneur, notre Dieu, et habite en Sion, et que tes serviteurs te servent en Jérusalem. Béni sois-tu, Seigneur, pour que nous te servions en crainte !
  17. Nous te rendons grâce à toi, qui es Seigneur, notre Dieu et le Dieu de nos pères, pour tes bienfaits, pour l’amour et la miséricorde, que tu nous a accordés et que tu nous as témoignés, et à nos pères avant nous. Et si nous disons « notre pied chancelle », ton amour, Seigneur, nous soutient. Béni sois-tu, Seigneur, qui prends plaisir à l’action de grâces !
  18. Mets ta paix dans Israël, ton peuple, et dans ta ville et dans ta portion, et bénis-nous, nous tous en unité. Béni sois-tu, Seigneur, qui fais la paix !

 

2. Le Qaddis

Le Qaddis « cultuel » se récitait plusieurs fois durant l’office synagogal. Il était également prononcé dans le Temple.

Qu’il soit magnifié et sanctifié son nom grand dans le siècle, qu’il a créé selon son bon plaisir ; qu’il fasse régner son règne et germer sa rédemption et qu’il introduise son Messie et qu’il rachète son peuple, en vos vies et en vos jours et dans tous les jours de toute la maison d’Israël, à l’instant et dans un temps proche.  Et qu’on dise « amen » !

Qu’il soit béni, loué, glorifié, élevé, exalté, louangé, chanté et élevé le nom du Saint, béni soit-il ! au-dessus et plus haut que toute bénédiction, cantique, louange, consolation, qu’on prononce dans le siècle. Et qu’on dise « amen » !

Que votre prière soit accueillie et que votre supplication soit réalisée, avec la supplication de toute la maison d’Israël, devant notre Père dans le ciel !

Que le ciel produise une grande paix, secours, rédemption, élargissement, vie, rassasiement, salut, consolation, délivrance, guérison, rachat, dilatation et libération pour vous et pour nous et pour toute la communauté de toute la maison d’Israël, pour la vie et pour la paix. Et qu’on dise « amen » !

 

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