Le salut

« Le christianisme est une religion de salut ». Cette affirmation courante mérite d’être mieux comprise. Cette page passe en revue les origines bibliques du terme « salut », puis s’intéresse à son usage dans l’histoire de l’Église. Enfin, elle proposera une définition contemporaine, existentielle et théologique, de ce mot.

Dans la Bible

L’Ancien Testament: un salut très concret

L’hébreu, qui est la langue principale de l’Ancien Testament, n’est pas vraiment une langue conceptuelle. Le mot « salut » (comme ceux de « liberté » ou « égalité ») n’y apparait que très rarement. Par contre, ces notions ne sont pas absentes des textes. Elles s’y retrouvent plutôt sous la forme de verbes comme « sauver », « libérer » ou « égaliser ».

C’est ainsi que le verbe « yasah » (qui est souvent traduit par libérer) a tout d’abord et essentiellement un sens concret. Il signifie: « être au large », « préserver ». Mais il peut aussi avoir le sens d’écarter un danger. Il sert souvent dans un contexte d’oppression politique ou militaire et désigne une victoire sur des ennemis.

Dans ces situations, c’est Dieu qui sauve, soit par une intervention directe, soit en suscitant des « sauveurs » comme les juges décrit dans le livre du même nom. Cela sera aussi la tâche du roi que de « sauver » son peuple. C’est pour cela qu’il a été choisi et reçoit le titre de « messie ». Avant l’Exil, la salut désigne donc les interventions divines pour accorder ou préserver la terre de Canaan pour Israël. Après l’Exil par contre, le salut désigne l’espérance ou la possibilité concrète d’un retour en Palestine.

La période inter testamentaire, un salut qui s’individualise

Au sens large du terme, cette période débute après le retour d’Exil et s’achève avec la naissance de Jésus-Christ. Elle s’étend donc sur 2 ou 3 siècles selon comment on la définit. Durant cette période, la notion de salut va tout à la fois continuer à être comprise de façon très concrète tout en se s’eschatologiseant et en s’individualisant.

Le salut reste très concret dans la mesure où il est toujours attendu de Dieu qu’il sauve son peuple des oppressions extérieures (grecs puis romains), mais aussi des « adversaires de l’intérieur d’Israël » comme c’est le cas dans le mouvement des esséniens qui s’opposent aux sadducéens.

Le salut s’eschatologise au sens où il n’est plus attendu ici et maintenant, mais repoussé à la fin des temps ou après la mort. L’établissement du royaume n’est plus forcément attendu dans l’immédiat, mais espéré dans un futur. Et devant le constat amer que de nombreux croyants étaient morts, sous la férule des envahisseurs grecs, parce qu’ils tenaient à respecter la Loi divine, la thématique d’un salut au delà de la mort prend de la consistance.

Enfin, la notion de salut s’individualise. Ce n’est plus pour le peuple que le croyant espère le salut, mais aussi pour lui en tant qu’individu. Cette conviction s’étend sous l’influence de la civilisation grecque qui apporte avec elle la notion de personne, mais aussi celle d’âme immortelle qui permet d’envisager une vie après la mort. C’est aussi à cette période que, sous la double influence égyptienne et perse, l’idée de jugement final s’impose.

Jésus sauveur

L’étymologie même de « Jésus » (Dieu sauve) indique combien il est lié à la notion de salut. Dans les évangiles, il est à la fois celui qui annonce le salut qui vient de Dieu et celui en qui se situe le salut. L’annonce du salut se fait souvent au travers la prédication de l’irruption du Royaume de Dieu (Mc 1,15). Le fait que c’est en Jésus que se situe le salut est souvent présent dans les récits de guérison (cf. Mc 7, 24-30).

Mais c’est l’interprétation, par les écrits du Nouveau Testament, de la mort de Jésus en croix qui va provoquer la plus importante littérature chrétienne sur le salut. En particulier, parce que certains auteurs néotestamentaires ramènent la mort de Jésus au sacrifice pour le pardon des péchés alors offert dans le temple de Jérusalem. Selon cette interprétation, Jésus est sauveur en ce qu’il sacrifie sa vie pour le salut des humains.

Rappelons cependant que l’interprétation de la mort de Jésus comme sacrifice expiatoire n’est pas la seule. Les écrits néotestamentaires offrent une pluralité d’interprétation de cet acte fondateur.

Dans l’histoire depuis la Bible

Dans le monde romain ,

Une des raisons souvent avancée pour expliquer l’important succès du christianisme au sein de l’empire romain est le fait qu’il s’agit d’une religion de salut. Et que cette thématique du salut correspondait particulièrement aux besoins spirituels du romain qui ne trouvait plus dans les religions traditionnelles les réponses attendues.

Le christianisme a également été perçu comme une religion à mystère qui apportait une réponse à la mortalité humaine: en Jésus, Dieu sauve de la mort. Le discours chrétien va développer cet aspect, en particulier en appuyant sur la thématique du jugement. Ce faisant le salut est « déplacé ». Il n’est plus opéré par Jésus dans l’aujourd’hui , mais reporté au jugement de Dieu à la fin des temps. Salut et jugement vont être petit à petit liés dans les discours et les pratiques chrétiennes.

Luther: une question existentielle

Le moine allemand Martin Luther est l’initiateur de la Réforme protestante. Mais c’est le questionnement existentiel d’un homme qui se trouve au départ de ce mouvement. Dans sa recherche anxieuse du salut de son âme devant le jugement implacable de Dieu, Luther redécouvre les écrits pauliniens. Ces derniers (en particulier les épitres aux Galates et aux Romains) annoncent un salut par la foi (la confiance) en Dieu et rejettent un salut par les oeuvres (les bonnes actions, les actions morales justes). Luther va ainsi vivre une véritable délivrance qui passe aussi par un changement radical de compréhension de Dieu. Il passe du Dieu juge impitoyable au Dieu d’amour.

Avec Luther, le salut est redevenu l’oeuvre de Dieu et non plus l’accumulation d’oeuvres bonnes par l’humain. Le salut est aussi redevenu une question de confiance et cesse d’être reporté à la fin des temps. En effet, le salut débute pour l’humain à partir du moment où il entre dans la confiance en l’amour de Dieu pour se poursuivre au delà de la mort.

Dire le salut aujourd’hui ?

Comment dire le salut aujourd’hui ? C’est le défi auquel sont confrontés l’ensemble des Eglises chrétiennes. Que pensez-vous de la définition suivante ?

Par son amour offert sans conditions en Jésus de Nazareth, Dieu me sauve de la fatigue d’être moi. Ma vie trouve sa valeur dans l’amour donné et reçu. Je n’ai plus à m’auto justifier dans des réalisations épuisantes. Je n’ai plus à quémander la justification de mon existence (sa valeur) dans le jugement des autres sur moi. Cet amour offert me sauve dès maintenant et ne se laisse pas arrêter par la mort.

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